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La santé des saisonniers en Rhône-Alpes

Date de publication : 10 avril 2008

Suite au vote de son Plan Régional de la Saisonnalité dans le Tourisme, en mars 2006, la Région Rhône-Alpes a sollicité l’Observatoire Régional de la Santé (ORS) pour réaliser une Etude régionale sur les conditions de travail, les conditions de vie et la santé des travailleurs saisonniers. Le premier volet de cette étude est paru en janvier 2008.

Une approche innovante

L’étude a été réalisée entre juillet et octobre 2007 dans 5 sites reflétant la diversité de la région : une station intégrée de Savoie, une station-village de Haute-Savoie, la vallée de l’Ardèche, la vallée de la Drôme, et le Beaujolais. En tout, 48 saisonniers, 21 employeurs et 60 professionnels (santé, social, emploi) ont été rencontrés pour un entretien individuel ou en groupe.

Il s’agit donc d’une étude qualitative, sans valeurs statistiques, dont l’objectif était de repérer les problèmes éventuels en matière de santé plutôt que de les quantifier. Elle a pour particularité de s’intéresser à la saison d’été et aux saisonniers agricoles, et de ne pas tant viser la représentativité des témoignages que leur diversité.

L’étude recense bien sûr les saisonniers (qui seraient en tout 180 000 en Rhône-Alpes), les études et les actions existantes en matière de santé. La méthodologie employée fait l’objet d’une analyse qui pourrait s’avérer utile à de prochaines enquêtes, grâce à une présentation des principales difficultés rencontrées.

Mais l’essentiel du rapport consiste à présenter, en les organisant, les différentes perceptions :
- des salariés saisonniers,
- des employeurs,
- et des différents professionnels en contact avec les saisonniers, En matière de :
- représentations du travail saisonnier,
- conditions de travail et droit du travail,
- conditions de vie (alimentation, sommeil, hygiène...) et logement,
- santé et accès aux soins.

Les difficultés de santé sont minimisées

Sans surprise, les difficultés de logement font l’unanimité quand les conditions de travail divisent, et les questions de santé ne semblent préoccuper que les professionnels impliqués dans la prévention des risques ou le soin.

En la matière, "les saisonniers ont plutôt tendance à dire qu’ils n’ont pas de problèmes" , sachant que "pour la plupart, ils devaient encore « tenir » plusieurs semaines et (...) n’avaient donc pas intérêt à trop se rappeler les difficultés". La saison n’est d’ailleurs pas toujours un facteur de risque pour la santé des saisonniers, qui y voient parfois une opportunité de "se mettre au vert" (profiter du grand air, reprendre une activité physique, se débarrasser d’une addiction...).

D’une manière générale, les différents entretiens menés avec des saisonniers, des employeurs et des professionnels soulignent une "tendance à retarder la prise en charge effective des problèmes de santé", en partie par peur de perdre leur emploi, et en partie à cause des conditions de vie et de travail en saison (difficultés d’accès aux soins ...).

Des difficultés existent cependant, comme :
- la baisse des revenus des salariés saisonniers depuis plusieurs années,
- des difficultés à poursuivre en saison une vie affective et familiale "normale",
- parfois "un vrai problème de préparation physique" en amont de la saison,
- la fatigue, "évoquée systématiquement, dans tous les entretiens",
- des consommations régulières, voire excessives, de produits psycho-actifs (alcool, cannabis, cocaïne...), parfois banalisées et souvent minimisées,
- un rythme de travail particulièrement aléatoire (sans garantie de durée du travail, donc de rémunération, et sans planification possible à moyen terme...) qui nécessite une très forte réactivité et rend partiellement caduques les dispositifs d’accompagnement qui fonctionnent pour d’autres salariés (visite d’embauche, négociation d’un changement de poste en cas de problème de santé...)

L’étude décrit également un certain isolement, renforcé par les difficultés de transport et le rythme du travail en saison, et note que "les saisonniers ne prennent pas toujours la mesure du rapport de forces qu’ils peuvent être en mesure d’imposer" à leur employeur. En règle générale, il est d’ailleurs "plutôt rare que les saisonniers, en particulier les jeunes, fassent appel à des structures pour avoir des informations ou trouver des solutions", préférant quitter leur emploi ou se résigner le temps que la situation se termine.

Une typologie des saisonniers et des employeurs

"D’après certains professionnels, toutes les personnes qui viennent faire les saisons sont à risque". Il n’y aurait donc "pas de profils (...) plus à risques que d’autres", mais des "facteurs de vulnérabilité personnelle".

L’étude débouche cependant sur l’élaboration d’une nouvelle typologie des saisonniers, qui reprend les deux critères de distinction classiques entre des saisonniers enracinés sur le territoire (ou non), et des saisonniers enracinés professionnellement et socialement (ou non).

L’étude présente également trois grandes familles d’employeurs :
- le père, qui travaille avec ses saisonniers (un facteur de motivation pour les saisonniers) ;
- le maître, sans considération pour ses employés (rarement heureux d’être "réduits à leur force de travail") ;
- le manager, qui déploie "de véritables stratégies de pression" sur sa main-d’œuvre.

D’autres éléments à retenir

Le rapport rassemble diverses préconisations qui sont résumées très clairement dans un texte de synthèse. Ce sont des préconisations "de bon sens", qui misent beaucoup sur l’information des saisonniers et considèrent comme centrales (pour la santé) la question du logement et des rapports entre employeurs et salariés.

Deux éléments méritent encore d’être retenus de cette étude :
1. Le rôle clef des pharmaciens dans les territoires ruraux et les zones de montagne, sachant que "les saisonniers vont à la pharmacie plutôt que chez le médecin".
2. L’écho relatif des actions menées depuis plusieurs années dans le domaine de la santé : alors que le flou des réponses faites par les saisonniers témoigne de leur fréquente méconnaissance du droit du travail ou du fonctionnement de la sécurité sociale, "plusieurs saisonniers ont mentionné l’existence de campagnes et de dispositifs de prévention" en la matière. Or "la saison n’est pas le moment idéal pour que les saisonniers entendant les messages de prévention".

Pour en savoir plus et télécharger cette étude, rendez-vous sur le site de l’Observatoire Régional de la Santé en Rhône-Alpes :
www.ors-rhone-alpes.org

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