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La santé des saisonniers météores dans le Grand Briançonnais (05), juillet 2007

Date de publication : 30 avril 2008

Une étude commandée par la DDASS des Hautes-Alpes fait le point sur la santé et les modes de vie des saisonniers météores du Grand Briançonnais.

Une nouvelle enquête, pour quoi faire ?

Dans les Hautes-Alpes, les consultations organisées en 2005 pour élaborer le Plan Régional de Santé Publique ont mis en lumière les difficultés de santé rencontrées par les salariés saisonniers, sans pour autant parvenir à les mesurer avec précision.

Un groupe de travail s’est emparé de la question. Piloté par la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS), il comprend :
- des acteurs institutionnels (DDASS, Direction du Travail, Conseil Régional, Communauté de Communes du Grand Briançonnais, Adecohd),
- des professionnels de santé (médecins du travail),
- des organisations syndicales (CGT, CFDT) et patronales (UPE, SNTF, UMIH).

Ce groupe de travail sur la santé des saisonniers a confié au CAREPS (Centre Rhône Alpes d’Epidémiologie et de Prévention Sanitaire) une enquête à laquelle il a participé activement, et dont les résultats définitifs ont été présentés en décembre 2007.

L’enquête avait pour originalité de porter uniquement sur les salariés effectuant une première saison d’hiver dans le Grand Briançonnais : un territoire dont la forte saisonnalité est connue de longue date.

Ces saisonniers dits "météores", d’après une typologie établie en 2001 par l’Adecohd (comité de bassin d’emploi du Grand Briançonnais), sont en effet réputés rencontrer des difficultés particulières, en matière d’accès au logement ou aux soins notamment.

L’enquête avait pour objectif d’orienter les futures politiques de prévention et de promotion de la santé en direction de ce public. Elle consistait donc à mesurer les besoins des saisonniers météores, mais aussi les perceptions de leurs employeurs.

Pour ce faire, les enquêteurs ont rencontré 148 saisonniers (soit environ un saisonnier météore sur cinq) et 66 employeurs de 6 stations sélectionnées pour leur représentativité, en leur demandant de répondre à une centaine de questions fermées.

Certaines des informations recueillies paraissent trop vagues pour permettre d’en tirer des conclusions (sur le niveau de qualification ou de revenu, par exemple, ou le nombre de saisons effectuées auparavant). L’étude n’en propose pas moins des pistes de réflexion intéressantes.

La plupart des résultats recoupent ceux d’autres enquêtes

Le CAREPS a pris soin, tout au long de son rapport d’étude, de citer les résultats d’autres enquêtes de ce type, menées soit sur le même territoire, soit dans les Alpes du Nord.

On apprend sans surprise que les saisonniers météores, âgés en moyenne de 25 ans, sont plus jeunes que l’ensemble des saisonniers, et qu’ils viennent pour deux tiers d’entre eux de départements très éloignés des Hautes-Alpes.

L’enquête confirme également l’importance du "bouche à oreille" et des réseaux professionnels pour le recrutement des saisonniers, sachant que les saisonniers météores recourent un peu plus que les autres aux services de l’ANPE.

Elle montre qu’un tiers des contrats ne sont signés qu’après la première semaine de travail, et souligne l’intérêt du dispositif expérimenté dans le département pour faciliter l’accès des saisonniers météores à la médecine du travail, malgré l’afflux de salariés à cette période de l’année et le faible nombre de médecins. L’enquête s’étant déroulée essentiellement en janvier 2007, un saisonnier météore sur deux avait déjà passé sa visite d’embauche.

Comme dans l’enquête publiée récemment sur les saisonniers rhône-alpins, 90% des personnes interrogées se sont déclarées satisfaites de leurs conditions de travail, du point de vue de l’ambiance (77% des réponses) plutôt que du salaire (35% des réponses).

Des spécificités sur le territoire

La question de l’accès au logement n’a posé de difficultés que pour un saisonnier interrogé sur 10. Dans ce domaine, l’intervention de l’employeur ou de relations sur place s’est révélée primordiale. Mais seul un saisonnier sur 10 percevait une allocation logement, et la question de la qualité des logements proposés se pose pour 60% des saisonniers interrogés.

Les difficultés de déplacements entre le domicile et le lieu de travail semblent également marginales, dans la mesure où 27% des personnes interrogées résidaient sur leur lieu de travail, et 54% s’y rendaient à pied.

C’est finalement aux employeurs, qui sont 67% à loger leurs salariés, que se pose avec le plus d’acuité le problème de la pénurie de logements. 20% d’entre eux déclarent d’ailleurs recruter en priorité les personnes disposant d’un logement sur place.

Ce sont des difficultés financières qui viennent en tête des problèmes évoqués par les saisonniers météores (une personne interrogée sur 5). C’est donc majoritairement sur le montant de leur salaire que se portent les attentes exprimées en matière de conditions de travail.

D’une manière générale, les attentes exprimées par les saisonniers s’expriment en termes de reconnaissance, de "respect", ou tout simplement de "dignité". Le CAREPS souligne à cet égard que les employeurs "sous-estiment largement le souhait d’expérience professionnelle et pensent qu’ils viennent surtout pour l’ambiance festive", alors que cette motivation n’est citée que par 14% des saisonniers (contre 46% des employeurs).

La saison est-elle bonne pour la santé ?

Seul un saisonnier sur 5 pense que la saison affecte de manière négative sa santé physique et/ou mentale, alors qu’un saisonnier sur 4 se sent en meilleure forme. Mais le nombre de personnes se déclarant concernées par le stress (42%), des troubles du sommeil (39%) ou de l’appétit (27%), voire une dépression (9%), reste important.

Doit-on en conclure que la saison est mauvaise pour la santé, ou bien qu’elle recrute des personnes fragil(isé)es ?

Dans l’ensemble, les personnes interrogées jugent leur sommeil et leur équilibre alimentaire moins bon pendant la saison qu’habituellement. La saison a plutôt pour conséquence de réduire leurs pratiques sportives ou de loisirs que de l’augmenter, et 12% des saisonniers se sentent "plutôt seuls" au cours de la saison.

En ce qui concerne la consommation de produits toxiques, l’enquête relève une "forte banalisation attachée à la consommation de produits illicites, cannabis et autres drogues".

La saison aurait un effet plutôt bénéfique sur la consommation d’alcool, 37% des personnes interrogées déclarant en boire moins pendant la saison. Mais la consommation de tabac ou de drogues semble par contre majorée. En tous les cas, un quart des réponses, tous produits confondus, mentionnent une consommation "par accoutumance".

Si le recours au préservatif ne paraît pas systématique (seulement dans 71% des réponses), le recours à un teste de dépistage des hépatites et/ou du sida se révèle important (67% des réponses). C’est donc sans surprise que ce service est plébiscité par les saisonniers lorsqu’on les interroge sur l’intérêt de diverses actions de promotion de la santé (65% des réponses), tout comme la mise à disposition de matériel de protection (69% des réponses).

Enfin, un saisonnier sur quatre ne connaissait pas sa situation vis-à-vis de la sécurité sociale.

Des recommandations pour l’avenir

Les enquêteurs notent qu’il est "important d’éviter les effets de stigmatisation" et préconise de ne pas traiter les saisonniers "à part, en développant des actions trop spécifiques sauf si celles-ci s’affichent comme promotionnelles".

Ils proposent l’élaboration d’un document adapté d’information sur la santé (sur le modèle du "guide pour bien vivre ma saison" en Savoie ?) et l’organisation d’un "temps fort pour développer l’informations sur les ressources locales".

Pour consulter cette étude et la télécharger, vous pouvez vous rendre sur le site de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales en Provence-Alpes-Côte d’Azur :
www.paca.sante.gouv.fr

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